Le témoignage de la conductrice de bus agressée

Publié le par Cgt BUS Pavillons

Un article paru dans le parisien:
Rouée de coups pendant son service, dimanche à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), Josette souhaite que la jeune fille qui l’a frappée soit punie, mais affirme vouloir « tourner la page » .


Son corps porte encore trace des coups reçus dimanche dernier, mais Josette se dit prête à « tourner la page ». La conductrice de bus se remet lentement de l’agression subie alors qu’elle effectuait son service à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Très choquée, sa fille Laura, 15 ans, présente au moment des faits, racontait hier être encore la proie d’insomnies et de cauchemars.

Depuis, une jeune fille de 18 ans a reconnu être l’auteur des coups et sera jugée le 30 juin prochain à Bobigny. Josette ne s’attendait pas à ce que cette affaire suscite autant d’émotion, lui valant même un coup de téléphone  « J’ai cru à un canular », nous confie-t-elle.
Comme ses collègues des Transports rapides automobiles (TRA), qui ont cessé le travail durant vingt-quatre heures pour exprimer leur solidarité, elle est lasse des insultes et violences dont les chauffeurs sont souvent victimes. Mais elle prend la parole aujourd’hui sans esprit de revanche, espérant simplement que la justice fera son travail.

Qu’est-il arrivé dimanche ?
JOSETTE. A un arrêt à Aulnay, trois jeunes filles sont montées dans mon bus. Elles m’ont demandé si j’allais jusqu’à Sevran. Quand je leur ai répondu non, l’une d’elles m’a prise à partie : D’habitude, vos collègues nous emmènent plus loin ! Je leur ai dit que je ne leur ferai pas cette faveur. Les insultes ont commencé. Un client est venu me dire de ne pas leur prêter attention, que c’était des filles à problèmes. J’ai continué ma route. Elles ont continué à m’insulter, puis se sont calmées. J’avais averti le dépôt de la TRA, pour qu’ils envoient une équipe au terminus, je sentais que ça allait dégénérer. Il ne s’est pas écoulé huit minutes avant leur arrivée, mais c’était déjà trop tard.

Que s’est-il passé au terminus ?
L’une des filles est revenue à l’avant du bus, chercher des explications. Puis, la plus agressive m’a craché au visage.
En descendant du bus, je l’ai attrapée par son manteau. Je voulais la retenir jusqu’à ce que mes collègues de la TRA arrivent. J’en ai marre qu’on puisse nous cracher à la figure en toute impunité ! Elle s’est mise à me frapper, me tirer les cheveux. Je suis tombée et elle a continué à me donner des coups. Je me protégeais le visage. Les gens sont intervenus pour la retenir. Ma fille lui a attrapé le bras en criant : « Arrête ! Arrête ! » Puis elles sont parties.

L’entourage de la jeune fille en question affirme qu’il s’agissait d’une bagarre…

Pas une seule fois je n’ai levé la main sur elle, et je n’ai pas proféré d’insultes à son égard. J’ai moi aussi entendu des bruits me mettant en cause. Je suis stupéfaite qu’on essaie d’inverser les rôles et qu’on veuille me faire passer pour l’agresseur !

Que ressentez-vous à l’égard de celle qui vous a frappée ?
Quand je l’ai vue, lors de la confrontation, j’ai senti qu’elle était dans une vraie souffrance. Je ne sais pas si ses excuses étaient sincères, mais je n’ai pas envie de l’enfoncer. Je voudrais qu’elle soit punie simplement pour ce qu’elle a fait, pas pour l’exemple. Je veux obtenir justice, pour moi et pour ma fille à qui cette affaire a fait beaucoup de mal. Je travaille pour élever mes trois enfants, certainement pas pour recevoir des crachats.

Vous sentez-vous capable de reprendre le volant ?
J’y compte bien ! J’aime mon métier. Et il faut arrêter de noircir le tableau : dans le 93, on ne passe pas notre temps à se faire insulter ou caillasser. Il faut aussi parler des gens qui montent dans le bus avec le sourire, qui me saluent, qui m’offrent parfois des fruits ou des bonbons. C’est pour eux que je fais ce travail.

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