Depuis l'automne, les incidents se multiplient sur cette ligne dans la cité des Tilleuls au Blanc-Mesnil.
Le blues des chauffeurs de bus
article paru dans le parisien d'aujourd'hui
La ligne 148 et la cité des Tilleuls du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). Dès 4 heures, dans la salle des machinistes du dépôt RATP des Pavillons-sous-Bois, le sujet occupe les conversations de la plupart des chauffeurs.
Du bus pris d'assaut un peu comme on attaquait les diligences en d'autres temps à la « simple » insulte enpassant par les jets de pierres, de nombreux conducteurs ont déjà vécu un épisode difficile sur cette ligne qui relie Bobigny au musée de l’Air du Bourget. Le dernier en date a dé bouché sur la déviation de la ligne qui, depuis une semaine, contourne sept arrêts pour éviter la cité des Tilleuls.
La consultation organisée hier par la CGT à la prise de service du personnel révèle l'ampleur du malaise. Tous décrivent un quotidien fait de provocations.
« On est souvent sur les dents »
Des conditions de travail usantes, même pour les plus jeunes. « Ces derniers temps, c'est tendu, soupire un chauffeur d'une vingtaine d'années. Certains jours, c'est des insultes, des menaces... On est souvent sur les dents quand on vient prendre le service et il suffit parfois de pas grand-chose pour perdre son sang-froid. »
Plusieurs machinistes sont paniqués à l'idée de reprendre le circuit habituel et redoutent même que « tout ça finisse un jour avec une balle perdue ». « De toute façon, à la longue, si on n'y passe plus, ils viendront nous chercher aux abords du quartier», ajoute un autre, fataliste.
Pour tenter d'améliorer le quotidien, la RATP a « rencontré à plusieurs reprises les services de police afin de bâtir le dispositif de sécurisation le plus approprié et le plus efficace », explique la direction dans un courrier au personnel rappelant la mise en place d'une escorte policière. Depuis hier, elle organise aussi des groupes de travail rassemblant des machinistes, des agents du service de sécurisation interne à la RATP et des associations des Tilleuls pour «renforcer les échanges avec les habitants ». Si la direction estime que ces « dispositions doivent permettre de reprendre la desserte normale », la CGT« reste dubitative sur leur pérennité et leur efficacité », résume Alain Sutour, délégué RATP CGT-bus. « On y va, mais le moindre caillou jeté sur un bus, on rentre tous au dépôt »,conclut un chauffeur.