148: C’est la ligne la plus chaude d’Ile-de-France
Un article paru dans le Parisien d'aujourd'hui
C’est reparti pour un détour. Pour la énième fois depuis huit mois, les bus 148, qui relient Bobigny au musée de l’Air du Bourget (Seine-Saint-Denis), ne desservent plus le quartier sensible des Tilleuls, au Blanc-Mesnil. Mardi soir, trois agents de la sécurité de la RATP ont été pris à partie par une cinquantaine de jeunes au cœur de la cité.
« Ils avaient refusé de laisser entrer un adolescent qui n’avait pas de titre de transport, raconte un agent en service ce soir-là. Quand le bus est repassé à cet arrêt quinze minutes plus tard, des jeunes les attendaient. Ils ont sorti des projectiles de derrière les buissons. La vitre arrière a explosé. Les gens hurlaient. »Dix minutes plus tard, un autre bus est caillassé sur l’avenue qui borde la cité. C’en est trop pour les machinistes de la RATP—c’est le nom des conducteurs. Ils décident de ne plus assurer, jusqu’à nouvel ordre, la desserte des deux arrêts de la cité : Altrincham et Altrincham-Lénine.
Depuis huit mois, les incidents, agressions et actes de vandalisme se multiplient sur cette ligne. « C’est actuellement celle qui pose le plus de problèmes en Ile-de-France, constate Alain Sutour, délégué CGT BUS RATP . Et les trois quarts des agressions ont lieu pendant la traversée des Tilleuls. »
« Il y a deux cités qui se bagarrent dans ce bus depuis quelque temps, croit savoir Nedeye, une maman de 25 ans. Je suis obligée de le prendre mais je n’aime pas le moment où il passe par les Tilleuls. Cela peut toujours dégénérer. » Sur la 148, les premières altercations ont éclaté en juillet, un mois après une rixe entre la cité des Tilleuls et celle du 212 qui avait coûté la vie à un lycéen de 18 ans. Depuis, la ligne, qui passe devant le collège Jean-Moulin et le lycée Mozart où sont scolarisés des élèves des deux quartiers, fait les frais de ces rivalités.
Fatima, 55 ans, s’arrange d’ailleurs pour la prendre le moins possible à l’heure de la fin des cours, vers 16-17 heures. « Tout le monde sait dans le quartier que c’est à ce moment que cela chahute le plus », témoigne- t-elle. En novembre, un lycéen de 17 ans a été passé à tabac dans le bus à coups de batte de base-ball. Il n’a dû son salut qu’à la présence d’esprit du chauffeur qui a foncé vers le commissariat.
Depuis, la ligne est sous escorte policière. Une présence qui se veut rassurante mais qui peut aussi servir de prétexte aux débordements. Depuis les incidents de mardi, la RATP interdit à ses agents de sécurité de monter dans le bus aux abords des Tilleuls. La provocation y est permanente. « Ils sont chez eux, affirme Anthony, un des machinistes de la 148. Heureusement, c’est le plus souvent de la violence verbale. C’est à nous de ne pas répondre et de montrer qu’on n’a pas peur. »
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