L'analyse de Jean-Marie Nomertin, secrétaire général de la CGTG.
Notre camade dans un entretien accordé à l'Humanité se dit optimiste sur la conclusion d’un accord global sur les revendications immédiates des grévistes.Sur quoi porte précisément l’accord signé par le LKP dans la nuit de jeudi à vendredi ?
Jean-Marie Nomertin. Sept organisations syndicales au sein du LKP ont signé un accord régional interprofessionnel. Il prévoit que les salariés percevant jusqu’à 1,4 fois le SMIC toucheront 200 euros d’augmentation de salaire. Entre 1,4 et 1,6 fois le SMIC, ce sera au minimum 6 % de hausse. Celle-ci sera de 3 % au-delà de 1,6 fois le SMIC. Pour les bas salaires, l’État mettra 100 euros, les collectivités (conseil régional et conseil général) 25 euros chacune et le patronat assurera les 50 autres euros. Pour les établissements de plus de 100 salariés, ce sera 100 euros pour le patronat et 100 euros pour l’État.
Combien de salariés sont concernés par cet accord ?
Jean-Marie Nomertin. Le patronat parle de 3 500 salariés. Pour nous, l’accord touche les 82 000 salariés du secteur privé, puisque la législation en prévoit l’extension. D’une manière ou d’une autre, les salariés feront cette extension eux-mêmes. Dans toutes les entreprises où le patronat n’a pas signé, ils feront parapher et entériner l’accord.
Pourquoi le MEDEF ne l’a-t-il pas paraphé ?
Jean-Marie Nomertin. C’est une stratégie. Le MEDEF et la CGPME ne voulaient pas que l’accord soit signé maintenant. Ils voulaient que la grève perdure. Ils continuent de jouer le jeu du pourrissement du conflit, en espérant qu’il capote.
Est-ce une victoire pour vous ?
Jean-Marie Nomertin. Oui, c’est une victoire. La revendication posée a été obtenue. Il n’y a pas l’ombre d’un doute, cet accord sera appliqué à l’ensemble des entreprises de Guadeloupe.
Les négociations reprennent-elles ce week-end ?
Jean-Marie Nomertin. Il y a les revendications immédiates, celles de moyen terme et celles de long terme. Contrairement à ce que prétendent Nicolas Sarkozy, François Fillon et le préfet de Guadeloupe, il n’y a pas eu cinquante points d’accord. Nous en sommes au premier point d’accord arraché par les parties en présence. Il y a dix-neuf points de revendications immédiates. Et si nous aboutissons sur ceux-ci, nous appellerons certainement à l’arrêt du conflit. Mais il n’est pas question de le suspendre tant qu’il n’y a pas d’accord sur ces revendications immédiates.
Vous n’appelez donc pas à la reprise du travail dès lundi prochain ?
Jean-Marie Nomertin. Nous voulons d’abord obtenir un accord sur l’ensemble des revendications immédiates avant de lever la grève.
Si l’accord conclu est une victoire, pourquoi ne pas appeler à la reprise du travail ?
Jean-Marie Nomertin. Nous avons une plate-forme qui pose la revalorisation salariale comme une revendication immédiate. Mais nous n’avons pas réglé la question des prix du tarif de l’eau, de l’électricité, des produits de première nécessité ou encore celle des licenciements dans l’hôtellerie. Sans oublier le droit de vivre et travailler au pays, une priorité pour nous. Nous avons obtenu une première victoire. Mais il reste encore des points à régler avant d’appeler à la suspension du conflit. On peut aboutir ce week-end, avec la volonté de l’ensemble des participants aux négociations. Nous sommes optimistes, tout en restant prudents, au vu des différents revirements que nous avons connus.